Qu’est-ce qui fait plonger l’indice de confiance commerciale? (#115)
December 12th, 2011
Propos de la semaine, Peter G. Hall, Vice-président et économiste en chef
Pouvons-nous nous fier à notre instinct? Difficile à dire ces jours-ci. Nous sommes bombardés de données qui plongent un jour et partent en flèche le lendemain. Mais il y a plus problématique encore : les analyses mêmes de ces données semblent partir dans tous les sens, ce qui ajoute à la confusion. La confiance des divers acteurs économiques de la planète est mise à rude épreuve – et les exportateurs canadiens ne font pas exception. Au milieu de l’automne, leur confiance a plongé à son quatrième niveau le plus bas, ce qui a ébranlé les perspectives commerciales positives du Canada. Les dés sont-ils jetés?
Il faut reconnaître que le récent plongeon est spectaculaire. Lors de l’enquête de cet automne, l’indice de confiance commerciale (ICC) a perdu 9,2 points. Un recul semestriel aussi important ne s’était vu qu’une fois depuis les onze années d’existence de l’enquête. Ce résultat ramène l’ICT dans la zone où il se trouvait juste avant l’éclatement de la bulle technologique et l’effondrement du commerce mondial de 2009. Si l’ICT demeure un très bon indicateur de ce que l’avenir nous réserve, le choc pourrait être brutal à l’arrivée. Mais comment expliquer un recul aussi rapide et inattendu?
Examinons d’abord le contexte. L’enquête a été réalisée au cours des deux premières semaines d’octobre, soit juste après un ralentissement notable de la croissance mondiale durant l’été et les turbulences sur les marchés obligataires attribuables à la multiplication des craintes dans la zone euro. Les marchés boursiers n’ont pas été épargnés puisqu’ils ont affiché une baisse de 18.1 % par rapport à leurs sommets de l’année précédente. Et, comme si cela ne suffisait pas, les cours des produits de base – en particulier ceux des métaux de base – étaient en chute libre en septembre. Rien d’étonnant que les exportateurs aient été en état de choc.
Mais ce contexte suffit-il à miner les échanges commerciaux? Peut-être pas. Pour le savoir, regardons les fluctuations des cinq éléments de l’ICC. La perception de la conjoncture économique à court terme est l’élément qui a subi la plus forte baisse. La confiance à l’égard de la conjoncture mondiale a accusé le déclin le plus considérable, car 60 % des répondants s’attendent à une détérioration, ce qui contraste avec la hausse de 22 % observée lors de l’enquête du printemps; seulement 9 % des répondants prévoyaient une amélioration de la conjoncture. La proportion de répondants s’attendant à une amélioration de la conjoncture économique nationale a atteint à peine 12 %, un quart des répondants prévoyant une dégradation. Les exportateurs étaient un peu plus pessimistes à l’égard des débouchés internationaux.
Étrangement, les exportateurs étaient loin d’être pessimistes à propos de leurs ventes. De fait, près de la moitié des répondants estiment que ces ventes devraient progresser, une légère baisse depuis le printemps dernier, et 39 % s’attendent à ce que la situation demeure la même. Les résultats portant sur les ventes nationales n’étaient pas aussi solides, mais seulement 10 % des répondants prévoyaient un ralentissement des ventes, une augmentation minime depuis le printemps dernier.
Mais est-ce que tout cela est bien logique? Les exportateurs ont été malmenés ces derniers mois, ne serait-ce que par la crise européenne et le séisme qui a secoué le Japon, en mars dernier. Pas moins de 20 % des répondants à l’enquête ont indiqué que ces événements ont eu un impact sur les activités, mais que leurs carnets de commandes sont restés bien garnis. Depuis le début de 2011, les nouvelles commandes industrielles ont grimpé de 16 % en taux annualisés, et les commandes à exécuter ont fait un formidable bond de 26 %. Ces commandes se transformeront bientôt en ventes, ce qui laisse croire que la détérioration n’est pas imminente.
Même si l’ICT représente d’habitude un indicateur fiable, il pourrait pour la première fois nous donner un faux signal – et il ne serait pas le seul. La confiance du consommateur américain a elle aussi glissé pour regagner le terrain perdu lors de l’enquête de novembre. De même, alors que la confiance déclinait, les ventes sont restées robustes, ce qui montre que, pendant un moment, les acteurs économiques de la planète ont perdu leur calme malgré une solide activité.
Conclusion? On peut souvent se fier à son instinct, mais, cette fois-ci, il semble qu’il nous joue des tours. On peut seulement espérer, car s’il est juste, les exportateurs connaîtront des jours difficiles.
